Avant-propos
Ce volume consacré au chant féminin à Alger, qui prend sa source dans à la musique classique du Maghreb, rassemble un certains nombres d'écrits et de réflexions qui entrent dans le cadre d'un mouvement de recherche autour du « signe musical » dans sa complexité et ses composantes.
Le patrimoine maghrébin de la musique classique est immense, profond, complexe. Son sens ne peut se découvrir que par une équipe de chercheurs passionnés, dont chacun ne peut produire d'ailleurs que des présomptions de sens, d'approche, d'explications – c'est-à-dire des éléments d'analyse – qui ne sont que les maillons d'une chaîne de sens. Une chaîne qui reste flottante car ouverte à d'autres analyses susceptibles de lui conférer une nouvelle assise, sinon plus sûre, au moins plus riche.
Les auteurs des écrits rassemblés ici ont le mérite d'avoir réfléchi sur différentes problématiques relatives au patrimoine musical classique, mais aucun ne se targue d'avoir le dernier mot. En effet, chacun est persuadé de n'avoir perçu qu'un aspect de la grande œuvre musicale dont l'ossature est constituée par une stratification d'apports multiples.
Un travail de recherche s'avère important quand son auteur reconnait qu'il peut varier quand on y introduit un paramètre nouvellement mis au jour par la vertu de l'enquête ou de la critique objective. L'étude d'une tradition orale dont la continuité diachronique a été maintes fois rompue, impose des contraintes insurmontables dès qu'il est question de reconstituer sa pratique dans un passé lointain.
Le patrimoine musical classique du Maghreb peut se manifester, aux yeux des uns, dans son aspect constitué. Il endosse la forme de ce qu'on pourrait appeler « la tradition ». Celle-ci peut être renvoyée à une figure emblématique dominante qui, opérant de manière centripète, élimine les contours périphériques par banalisation.
C'est cette banalisation qui représente la plus grande menace car elle agit comme clôture du « fait musical ». Ce dernier ne doit pas être réduit à son statut constitué mais perçu dans sa dynamique constituante.
Les quatre Nûbât que nous présentons sont puisées dans des archives sonores et manuscrites du patrimoine algérien musical classique. Des analyses pertinentes y sont portées par Fayçal Benkalfat et Fazilet Diff.
Des questions de fond sont soulevées auxquelles répondent les textes rassemblés dans cet ouvrage. D'un autre côté, des champs d'investigation sont proposés pour orienter les recherches. Pour n'en citer que quelques exemples : ce qu'est la tradition dans l'espace de la musique classique maghrébine et les virtualités qu'elle contient susceptibles de générer une ouverture vers la modernité ; la variation textuelle à travers les différents corpus et sa conséquence sur l'interprétation musicale ; les différentes dispositions du texte sur la feuille du manuscrit et leurs effets sur le chant. Le problème de la classification modale, de la chronologie des Nûbât, etc.